Les armes se sont tues.
Pas les douleurs. Pas les souffrances…de la guerre d’Algérie dont la France se souvient aujourd’hui, brisant les silences, libérant la parole, validant les écrits.
Ce mercredi 19 mars, le ciel s’est couvert et un vent froid et amer s’est levé.
Avant que la cérémonie ne commence au monument aux morts de Condrieu, les Anciens Combattants et Anciens Marins visitent leurs futurs locaux, dans le jardin public de la Chapelle des Mariniers.
Travaux très avancés. Ils sont particulièrement contents.
À 15h30 précises, début de la cérémonie commémorative du 19 mars 1962. C’est un jour ouvré. Manque la population active.
Anciens et retraités – ceux par qui la mémoire se transmet – se sont regroupés autour des porte-drapeaux, des représentant des anciens combattants et des élus.
Philippe Marion, maire et conseiller départemental, donne lecture du message de Patricia Miralles, ministre déléguée auprès du ministre des Armées, en charge de la mémoire et des Anciens Combattants.
Un message de rétrospective, sans voile et sans fard, soucieux de vérités, qui évoque le cessez le feu du 19 mars 1962, que l’on commémore, avec « les armes qui se sont tues » (…)et qui aurait du marquer l’aube d’un répit (…) et qui fut pourtant le début d’un autre exil, d’une autre souffrance, de nouveaux drames (…).
(…)Pour les combattants du contingent, envoyés se battre dans une guerre (NDLR : qui fut reconnu si tardivement comme telle) l’espérance de reprendre leur vie là où il l’avait laissée ne fut pas exaucée.
Et ce fut le début d’un combat silencieux : celui de la reconnaissance de ce qu’ils avaient enduré, eux qui n’avaient pas tous choisi cette guerre (…).
(…) Cette journée d’hommage, ils ont dû la demander, la revendiquer, la conquérir pour que dans une date s’incarne le juste hommage de la Nation à cette génération qui a laissé une partie de sa jeunesse dans la poussière millénaire du sol algérien…
Mais le 19 mars fut aussi, pour d’autres, un jour d’abandon.
Pour les Arkis, soldats fidèles à la France (…). Nombre d’entre eux, livrés à leur sort, périrent dans l’indifférence d’un monde qui détournait le regard (…) Ceux qui purent fuirent trouvèrent refuge sur une terre qu’ils avaient servie mais qui (…)les relégua à la lisière de la société, dans une indifférence plus douloureuse que les barbelés des camps.
Pour les pieds noirs, ce jour hâta l’arrachement (…) L’Algérie, ce pays qui avait été le leur, ne serait plus jamais leur foyer.
Et puis il y a les autres, les innombrables autres. Les anonymes pris dans la tourmente, les civils fauchés par la violence, les familles déchirées par les engagements contraires, les silences lancinants de tous les disparus…
À tous ceux là, à toutes ces vies brisés, à toutes ces existences amputées, nous devons mémoire.
Si pendant longtemps, il y a eu des pages blanches dans notre histoire collective (…)aujourd’hui la France se souvient. (…) de ses fils envoyés dans les maquis algériens, de ceux qui sont tombés sans retour, de ceux qui en sont revenus marqués, à jamais, de ces Harkis abandonnés, de ces victimes… ».
Hommage de la FNACA rendu aux deux soldats condriots : Luc Rochette (1957) et Gabriel Billard (1959).
Photos : L’un des trois dépôt de gerbes aux monuments aux Morts.